Physical Address
304 North Cardinal St.
Dorchester Center, MA 02124
Physical Address
304 North Cardinal St.
Dorchester Center, MA 02124
Directeur de la rédaction de Philosophie Magazine, Alexandre Lacroix ne discute pas ici la réalité de la catastrophe écologique actuelle. À ses yeux, il s’agit là d’une évidence. Quel est donc l’angle sous lequel il aborde le sujet de la « nature blessée », et qui justifierait de lui consacrer un énième ouvrage ? Celui du nouveau regard que nous devrions poser sur les « paysages du présent », soit d’une « nouvelle philosophie esthétique » à imaginer, étant admis que ces derniers, profondément altérés, ne sont plus, sous nos latitudes, ce qu’ils étaient jadis – grosso modo avant que la civilisation ne prenne le pas sur la nature et ne lui devienne même « hostile ». À cet égard, l’auteur semble, disons, un peu hésitant : il faudrait apprendre à déceler ce qui est beau à travers ces « lieux » aux couleurs et aux physionomies inédites et, en même temps… on perçoit comme un regret face à l’ampleur de la perte, un arrière- goût de ‘‘c’était mieux avant’’ – dont il se défend d’emblée, crainte de passer pour « conservateur », horreur absolue. Si, à l’encontre des penseurs de l’écologie à la mode, il
refuse l’idée de ne plus faire usage de la notion de nature – celle-ci étant historiquement trop associée, pour un Descola ou un Morizot par exemple, à « l’exploitation » funeste du « vivant » par l’Occident –, et si, en outre, il propose de substituer à « l’antagonisme » classique nature/ culture l’idée d’une « gradation » à partir de laquelle repenser nos catégories esthétiques,
on peine à identifier, au fil des pages, les intentions réelles de l’auteur, dont le penchant pour l’abstraction dissimule mal le manque de consistance. Au reste, alors même qu’il explore la possibilité de « rencontrer (encore) l’animal sauvage » aujourd’hui, notre philosophe, sans nul doute par préjugé, passe magistralement à côté de ce que la chasse, comme pratique par essence située à cheval entre nature et culture, aurait pu lui enseigner : le déduit ? Un « stupéfiant archaïsme » – rien de plus. On ne se commet pas avec l’engeance cynégétique – sauf très lointaine, et animiste, de préférence ! Soyons pourtant espiègles : eût-il fait relire son manuscrit par quelque nemrod local, que Lacroix eût évité certaines fâcheuses bévues ou étrangetés car, non, les lièvres n’ont pas de « terrier » (les lapins, si…), la femelle du sanglier n’est pas la « hure » mais la laie, les « colombes » (tourterelles ?) ne « nichent » pas « après la Toussaint », et, si un loup entend un humain imiter son hurlement dans la nuit et y répond, difficile
cependant d’en conclure que Canis lupus « accepte », ce faisant, « de renouer une relation diplomatique [sic !] » avec Homo sapiens… Un livre symptomatique des dérives de la contemplation contemporaine.
Allary, 234 pages, 20,90 €.